18 décembre 2018 2 18 /12 /décembre /2018 12:06

(Benvenuto Cellini, Persée tenant la tête de Méduse, 1554)

LA STATUE DE L’HUMANITÉ. — Le génie de la civilisation opère comme Cellini, alors qu’il faisait la fonte de sa statue de Persée : la masse liquide menaçait de’ne pas se prendre, mais elle le devait : il y jeta donc des plats et des assiettes, et tout ce qui d’ailleurs lui tombait sous la main. Et de même ce génie-là jette à la fonte des erreurs, des vices, des espérances, des illusions, et d’autres choses, de métal vil comme de métal précieux, car il faut que la statue de l’humanité réussisse et s’achève ; qu’importe que çà et là quelque matière médiocre y soit employée ? (Humain trop Humain, 258)

(Phidias, Varvakeion Athena, copie romaine de la statue d'Athena Parthenos)

CE QUE TOUT ART VEUT ET NE VEUT PAS. — La dernière tâche de l’artiste, la tâche la plus difficile, c’est la description de l’immuable, de ce qui repose en soi, supérieur et simple, loin de tout charme particulier ; c’est pourquoi les plus belles figurations de la perfection morale sont rejetées par les artistes plus faibles, comme des ébauches inartistiques, parce que l’aspect de tels fruits est trop pénible pour leur ambition : ils voient apparaître ceux-ci aux extrêmes rameaux de l’art, mais ils manquent d’échelle,de courage et de pratique pour oser s’aventurer si haut. En soi, il n’y a pas d’objection à la venue d’un Phidias poète, mais, si l’on considère la capacité moderne, ce sera seulement dans ce sens qu’à Dieu « nulle chose n’est impossible ». Le désir d’un Claude Lorrain, dans le domaine de la poésie, est actuellement déjà un manque de modestie, quelle que soit l’aspiration qui vous y pousse. Nul artiste n’a été jusqu’à présent à la hauteur de cette lâche : la description de l’homme le plus grand, c’est-à-dire le plus simple et en même temps le plus complet ; mais peut-être les Grecs, dans leur idéal d’une Pallas Athéné, ont-ils jeté leur regard plus loin que les hommes ont fait jusqu’à présent. (Opinions et Sentences Mêlées, 177)

 

(Léocharès, L’Apollon du Belvédère, marbre de l'époque antonine) 

LA BEAUTÉ EST CONFORME À L’ÉPOQUE. – Si nos sculpteurs, nos peintres et nos musiciens voulaient saisir le sens de l’époque, il leur faudrait montrer la beauté bouffie, gigantesque et nerveuse : tout comme les Grecs, sous la contrainte de leur morale de la mesure, voyaient et figuraient la beauté dans l’Apollon du Belvédère. Nous devrions, en somme, le trouver laid. Mais les « classicistes » pédants nous ont enlevé toute loyauté !(Aurore, § 161)

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