Et voilà où je reconnais la mission de cette jeunesse, de cette génération de lutteurs et de tueurs de serpents qui annoncent une culture et une humanité plus heureuses et plus belle, sans avoir
de ce bonheur futur et de cette beauté supérieure plus qu’un pressentiment plein de promesses. Cette jeunesse souffrira du mal et de son remède, et pourtant elle croit se vanter d’une santé plus
robuste et d’une nature plus naturelle que les générations précédentes, adultes et vieillard cultivés du temps présent. Mais sa mission, c’est d’ébranler l’idée que le temps présent se fait de la
« santé » et de la « culture », et de susciter la raillerie et la haine contre ces notions hybrides et monstrueuses ; et le signe qui garantit cette santé plus robuste sera justement le fait que
cette jeunesse, pour exprimer l’essence de son être, ne peut user d’aucune notion, d’aucun mot d’ordre partisan tiré de la monnaie courante des idées du temps présent, mais elle croit à ses
meilleure heures, à une puissance agissante en elle, qui est une puissance en lutte, de dissidence de division, et un sentiment de plus en plus exalté de la vie. On peut contester que cette
jeunesse ait déjà de la culture, mais pour quelle jeunesse serait-ce un reproche ? On peut taxer de rudesse et de démesure, mais elle n’est pas encore assez vieille ni assez sage pour savoir se
modérer. Avant tout elle n’a pas besoins de feindre qu’elle possède et défend une culture achevée, et elle jouit de tous les réconforts et de tous les privilèges de la jeunesse, surtout d’une
probité courageuse et sans calcul et de la consolation exaltante de l’espérance.
Ces espérants, je sais qu’ils comprennent et voient de très près toutes ces généralités et qu’ils les transformeront par leur propre expérience en une pensée personnelle ; les autres pourront n’y
voir pour le moment que des vases vides, jusqu’à ce que, tout surpris, ils voient de leurs yeux que ces vases sont pleins et que ces généralités contenaient et concentraient en elles des
attaques, des exigences des instincts vitaux, des passions, qui ne pouvaient demeurer cachés. Repoussant ceux qui doutent que le temps tire tout à la lumière, je me tourne pour finir vers cette
société d’espérants, pour leur conter sous la forme d’une parabole ce qui a été la marche et le cours de leur guérison et comment ils ont échappé à la maladie historique ; je vais leur raconter
leur propre histoire jusqu’au moment où, ayant recouvré la santé, ils pourront de nouveau étudier l’histoire (Seconde inactuelle, 10).
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